La pédagogie conductive
C'est fin des années 40 qu'Andréas Petö (1893-1967) neurologue-orthopédagogue à Budapest a imaginé un système d'éducation spécialisée destinée aux enfants porteurs d'une lésion cérébrale avec séquelles motrices:cette éducation leur apprend à vivre au quotidien .
cette prise en charge se veut éducative et dans une approche où tout se tient et où tout est pensé pour apprendre à l'enfant à vivre le plus normalement possible sa vie de tous les jours . Il s'agit d'apprendre à apprendre afin que petit à petit , l'enfant puisse résoudre par lui-même ses problèmes de la vie quotidienne. L'enfant est responsabilisé dans sa prise en charge, cette prise d'autonomie tant motrice que psychique alimentera à son tour sa confiance en lui-même et son envie de grandir
1 - Les moyens :
Pour réaliser ces objectifs, plusieurs moyens sont mis en œuvre :
Le conducteur : le conducteur crée ainsi tout au long de la journée les conditions d’environnement, de sécurité, de confiance et de cohérence qui permettent à l’enfant d’exploiter ses capacités au maximum.
Le groupe : Il est facteur de motivation dans les apprentissages, de responsabilisait pour l’enfant et d’autonomisation par rapport aux adultes.
Le langage et le mouvement : Le conducteur s’adresse à l’enfant comme à un interlocuteur «valable». Le langage stimule et dirige l’apprentissage du mouvement (intention rythmique). L’enfant apprend par et dans le langage les schémas moteurs indispensables et les stratégies appropriées pour résoudre les différents problèmes qu’il rencontre dans sa vie quotidienne.
La fonction : c’est dans et par les activités de la vie de tous les jours que l’enfant apprend les schémas moteurs et les gestes qui sont indispensables pour vivre sa vie d’enfant. La fonction donne un sens aux apprentissages de l’enfant.
2 - L’application à l’enfant polyhandicapé :
L’enfant polyhandicapé, plus encore que l’I.M.C., présente une mosaïque de symptômes et de ce fait une perception fragmentaire, morcelée, furtive et incohérente de lui-même et du monde qui l’entoure. L’éducation conductive, centrée sur la personne plutôt que sur les différentes disciplines des professionnels habituellement sollicités, présente des caractéristiques d’intégration, de continuité et de cohérence particulièrement attrayante dans le domaine du polyhandicap. Dans cet ordre d’idées, le principe du conducteur est certainement un atout considérable.
Dans la prise en charge d’un enfant polyhandicapé un choix s’impose au regard des problèmes (processus d’apprentissage appauvri, ralenti et souvent limité). Dés lors, certaines particularités doivent être appliquées :
1. La communication qui est une priorité : réponse du regard, de la voix, photos…
2. Les activités de la vie journalière : repas, déplacements, propreté doivent être développées comme des processus d’apprentissage à part entière.
3. l’état de santé et le bien être physique doivent être surveillés, notamment par le travail de la respiration et de la déglutition.
4. Ajoutons qu’une concertation avec les parents est tout à fait indiquée.
Au niveau cognitif, le travail tournera autour de la distinction moi-non moi, des actions de causalités, de l’écoute de la désignation.
Du point de vue moteur : plus l’atteinte sera sévère, moins l’apprentissage pourra à lui seul garantir une évolution globale satisfaisante ; il devra tenir compte du traitement et de l’équipement.
Certains mots-clés dirigent la prise en charge :
Apprendre : essentiellement des objectifs ayant trait à la ligne médiane.
Equiper : prévisions d’adaptations (mobilier adapté, verticalisateur, fauteuil…)
Traiter et prévenir : Mobilisation de parties du corps peu conscientisées et peu actives. Attention particulière aux aspects respiratoires et digestifs. La chirurgie sera parfois incontournable dans un projet thérapeutique.
Cet ensemble de mesures reste soumis au principe inaltérable Mouvement, Fonction, langage.
Cette prise en charge vise la participation et l’autonomie maximales, tout en sachant que ses enfants grandiront, deviendront adultes, et resteront dépendants de leur entourage.
L’aménagement de l’environnement, familial et institutionnel, nécessite un équipement adapté afin de faciliter la vie tant des personnes polyhandicapées que de leur entourage.
3 - L'application à l'IME Lelandais
Depuis bientôt 4 ans , une équipe d'éducateurs , d'aides médico-spécialisés du centre de l'IME Lelandais de Villeneuve d'Ascq a développé un systeme de pédagogie largement inspirée du modèle hongrois d'éducation conductive d'Andréas Pétö.
Objectifs poursuivis
L’objectif essentiel que l’équipe se fixe dans ce groupe, est de donner au mot autonomie tout son sens et toute sa réalité concrète ; il importe de rappeler à ce sujet que « l’éducation conductive est un système d’éducation complexe et intégré dont le but est l’indépendance, l’autonomie (orthofonction à travers la dynamisation du processus d’adaptation, aspects moteurs, cognitifs, sociaux et psychologiques) ». (cf Y Bawin)
Cette notion couramment évoquée qu’est l’autonomie est présente dans l’esprit de chaque intervenant dans le groupe.
La question est de savoir quelle place d’acteur a l’enfant à travers toutes les actions, expériences qu’on lui propose ; en d’autres termes, comment aider l’enfant à trouver le fil conducteur de son activité autonome ?
Il s’agira alors, à travers toutes les activités menées de créer les conditions pour que l’enfant puisse s’adapter avec succès, être capable de résoudre les problèmes auxquels il est naturellement confronté.
Il importe également de l’aider à se réaliser, à décider pour lui-même, favoriser l’expression de soi, la créativité, l’aptitude à communiquer…
En pédagogie conductive, on parlera alors de personnalité orthofonctionnelle et l’encadrant aura un rôle de médiateur, de guidance.
Le contenu
Le fond
Sur le plan individuel, ce programme propose des acquisitions ou des expérimentations dans des domaines variés :
* l’écoute d’une grande variété de comptines et de jeux de doigts apprend à l’enfant à jouer avec les sonorités, les rythmes des mots et des phrases ; celles des contes stimulent son imagination.
* Les activités physiques, le travail au sol, incitation à la mobilité, déplacements autonomes…
* Les activités tournant autour de la communication, la socialisation, à travers les stimulations de la vie quotidienne mais aussi par des activités et des jeux verbaux et autres mimiques.
* Le jeu prend une grande place dans l’organisation quotidienne.
* Il s’agira aussi de permettre à l’enfant de se situer en tant que membre d’un groupe, ainsi sont privilégiés les activités de groupe, avec des objectifs individualisés.
* On favorisera également l’autonomie de l’enfant qui apprendra alors à s’occuper de lui, à essayer de résoudre seul les problèmes d’ordre matériel (participer à son habillage, déshabillage, à son alimentation…), à prendre des initiatives ; toutes les taches qu’il réalisera selon des rites et avec des repères dans l’espace et dans le temps qui le sécuriseront (mise en place d’un tableau avec des pictogrammes qui sont présents à chaque début d’activités.
La forme
Afin de réaliser toutes ces activités qui font partie intégrante du programme établi, il y a une procédure que doivent respecter tous les intervenants.
Il importe d’avoir un programme quotidien bien déterminé, les repères sont fournis aux enfants à travers le rythme d’une journée qui est globalement identique.
Il y a des étapes quotidiennes qui se succèdent de façon rigoureuse.
La journée commence toujours par la mise au pot, puis suivent le travail physique, la boisson, l’activité éducative puis le lavage des mains et le change si nécessaire avant le repas.
Cette organisation récurrente est un repère essentiel pour les enfants qui savent à chaque moment ce qu’on va leur proposer, ainsi que pour les équipes qui savent ce qu’ils ont a faire.
Un espace et un temps structuré favorisera anticipation et intentionnalité.
Les activités sont toujours préparées quotidiennement, séance par séance, sur une fiche ou sont notés :
* L’objet du travail
* Son contenu- la procédure
* Ce que doit réaliser l’enfant
* L’installation, le matériel nécessaire ainsi que l’encadrement
A la fin de chaque activité, une observation individuelle est réalisée et rangée dans le classeur de chaque enfant.
La transparence, la formalisation du travail accompli, la préparation en amont et l’évaluation en aval sont les garants d’un projet dynamique et adapté.
Durant chaque activité un « leader » dirige celle-ci (on l’appelle couramment le C1 càd conducteur 1) et les autres encadrants aident les enfants à réaliser le travail demandé ( il s’agit des C2).
Tout ceci doit être précisé avant chaque activité, et figure sur la fiche quotidienne de l’activité à mener.
Il faut un premier conducteur dont la voix soit plus forte et qui organise et donne un sens à la situation ; en s’adressant à tous, il crée une atmosphère sociale propice à l’action et à l’interaction dont les autres encadrants sont le relais.